Auteur : SHIVA
Année de création de la fanfic : 2008
Relecture et corrections 2008 : SHIVA
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IL Y A TOUJOURS UNE PREMIERE FOIS

Imaginez une version de RG VEDA où Ashura-ô ne se serait pas suicidé et où il aurait combattu l'ancien empereur aux côtés de son amant... Cette fic se situe donc 350 ans après la mort du précédent Tentai. Ashura et son frère Ten-ô sont adolescents.

- Ca y est, j'ai enfin terminé, soupira Taishaku-ten en se tournant vers le grand lit. Je t'avais dit que je...
Sa phrase resta en suspend.
Au frais dans les draps de coton diaphanes, Ashura-ô s'était endormi, lassé d'attendre la fin de la rédaction de l'allocution dont son amant devait gratifier les habitants du Tenkai le lendemain, à l'occasion de la grande fête des moissons.
Le jeune Tentai se leva en souriant et s'assit sur le bord du lit pour frôler de ses lèvres la tempe du Dieu de la guerre, à titre d'essai.
Ce dernier se frotta le visage dans son sommeil et grimaça, comme s'il avait été effleuré par un insecte.
- Ca doit vouloir dire " n'insiste pas ", mhh ? murmura Taishaku-ten en retenant un petit rire.
Lorsque Ashura-ô dormait, le palais pouvait s'écrouler sans qu'il bouge un orteil.
Le Dieu de la foudre se leva donc sans faire de bruit et alla à la fenêtre respirer la brise nocturne parfumée des doux effluves d'herbe grasse et de fleurs rares du grand jardin impérial. Bien que la nuit soit déjà bien avancée, le sommeil le fuyait. Il n'avait jamais été un grand dormeur et l'agitation due à la fête qui se préparait n'arrangeait certes pas les choses. Le feu d'artifice était-il bien réglé ? Ten-ô avait-il correctement préparé les cohortes devant assurer la sécurité des visiteurs ? Zocho-ten arriverait-il à temps pour la cérémonie d'ouverture ? Karura-ô saurait-elle garder sous contrôle les adolescents surexcités qui devaient participer aux tournois de lutte et de tir à l'arc ? Tout risque d'accident était-il écarté ? Avaient-ils pensé à tout ?
Il secoua la tête pour chasser les questions qui se bousculaient dans son esprit et laissa son regard courir sur les allées baignées d'obscurité, en contrebas. Son regard fut aussitôt attiré par un éclair blanc.
Avec un sourire, il chercha l'éclat d'une armure ou l'ombre d'une longue chevelure brune, mais ne vit rien et fronça les sourcils.
Que faisait Ashura, en pleine nuit, à errer seul dans les jardins de Zenmi-jou ?
Il scruta les alentours, persuadé de voir arriver Yasha, qui ne s'éloignait jamais bien longtemps du jeune homme.
En vain.
Pourtant, le jeune Dieu gardien était arrivé la veille au soir pour la cérémonie d'ouverture de la fête et jamais Ashura n'aurait laissé passer une occasion d'être à ses côtés. A plus forte raison après la campagne qu'il avait menée à la frontière du désert bleu et qui les avait séparés durant plusieurs semaines.
Y avait-il eu une brouille entre eux ?
Rongé par la curiosité, il quitta la chambre pour rejoindre le fils d'Ashura-ô. Le soldat à demi assoupi qui montait la garde à la porte sursauta et salua mais Taishaku-ten avait déjà traversé la galerie et descendait l'escalier de pierre qui menait au jardin.
Il ne tarda pas à trouver un Ashura en piteux état, recroquevillé sur un banc, le front sur les genoux. Ses épaules tressautaient et le Dieu de la foudre reconnut distinctement les petits reniflements enfantins qu'il laissait échapper lorsqu'il pleurait.
- Ashura ? murmura-t-il. Est-ce que ça va ?
Le garçon tressaillit et leva brusquement la tête, plein d'espoir, mais, reconnaissant le Dieu de la foudre, s'assombrit de nouveau.
- Oh... c'est toi.
Taishaku-ten s'assit à ses côtés et sourit, non sans ironie.
- Ta déception fait peine à voir.
- Excuse-moi... Je ne voulais pas être vexant.
-Qu'est-ce que tu as ?
- Rien.
- On ne le dirait pas.
Le jeune Tentai fronça les sourcils.
- Ashura...
- Je n'ai pas envie d'en parler, finit par avouer le fils de son amant dans un murmure à peine audible.
Taishaku-ten s'accroupit face à l'adolescent, lui fit redresser la tête et le contraignit à reposer les pieds sur le sol, le dos bien droit.
- De la tenue, petit Prince, railla gentiment le Dieu de la foudre en croisant les mains sur les genoux graciles pour y appuyer le meton. Quelles que soient les circonstances : de la tenue ! C'est tout ce qui nous différencie des bêtes et des Démons...
- Cette fois, j'ai bien peur de ne pas y arriver.
- Il va bien falloir, pourtant, poursuivit le jeune Tentai sur le même ton, les yeux bleus pétillants de malice et une ébauche de sourire au coin des lèvres. Je n'ai pas l'intention de te laisser là avec cette tête. Tu pourrais effrayer quelqu'un et un cadavre congestionné dans le jardin, juste avant la fête des moissons, ça ferait terriblement désordre.
Ashura rit malgré lui et joua avec les longs doigts de Taishaku-ten, mal à l'aise.
- Il n'y a que toi pour oser plaisanter sur des sujets aussi macabres...
Le jeune empereur sourit et secoua la tête.
- Pourquoi n'es-tu pas avec Yasha ? Une dispute ?
A la lumière de la pleine lune, il vit Ashura rougir.
- Si on veut...
- C'est vague.
- Je... Si je t'en parle, tu ne diras rien à papa ?
Taishaku-ten hocha la tête, et pinça les lèvres.
- C'est donc si grave que ça ?
- Jure que tu ne diras rien.
- Je suis persuadé qu'Ashura-ô ne...
- Taï !
- Très bien. Je te le promets. Rassuré ?
Le garçon ouvrit et referma la bouche à plusieurs reprises, ne sachant visiblement pas par quel bout aborder les soucis qui le rongeaient.
- Yasha a... Nous avons... Il m'a... Oh ! C'est tellement gênant...
Il resserra sur lui les pans de sa tunique en un geste inconscient et le jeune Tentai blêmit.
- Qu'est-ce qu'il t'a fait ? gronda-t-il en crispant les mains sur les genoux d'Ashura.
Les lèvres d'Ashura tremblèrent en comprenant les inquiétudes de l'amant de son père.
- Non ! Non, ce n'est pas ce que tu crois. En fait... c'est même plutôt l'inverse.
Taishaku-ten hoqueta et écarquilla les yeux.
- Enfin, non, ce n'est pas ce que je voulais dire, je... Eh puis à quoi bon ! Le mal est fait, de toute façon.
Il éclata soudain en sanglots et Taishaku-ten, de plus en plus inquiet, prit sur lui pour rester calme et ne pas le brusquer.
Yasha ne voulait-t-il plus d'Ashura ? S'était-il entiché de l'une de ses pimbêches peinturlurées de la cour ? Parce qu'il n'était pas ''complet'', ce grand escogriffe le pensait-il indigne de ses attentions ? Et s'il lui avait fait une réflexion blessante à ce sujet ?
En prenant de l'âge Ashura s'était bien rendu compte qu'il n'était pas comme les autres garçons. Pas de barbe à ses joues, pas de poils sur son corps imberbe, et que dire du jour qu'il avait accompagné son jumeau pour se baigner dans la rivière avec leurs camarades et qu'il s'était rendu compte qu'il ne possédait que la moitié de ses organes... Il n'était alors qu'un tout petit garçon mais Taishaku-ten ne se souvenait que trop de ce terrible après-midi, lorsqu'Ashura-ô et lui-même l'avaient vu revenir en larmes en demandant quand est-ce que ''ça allait pousser'' parce que les autres garçons s'étaient moqués de lui.
Depuis, Ashura-ô ne pouvait s'empêcher de se sentir coupable, ce qui avait plus d'une fois provoqué des disputes cuisantes entre eux.
- Ashura... Yasha t'a dit quelque chose ? A-t-il fait une réflexion blessante ?
- Non ! Bien sûr que non. Mais il aurait eu raison d'en faire une...
- Qu'est-ce que tu racontes ? Tu es un garçon charm...
- Je ne suis pas un garçon ! s'écria soudain Ashura en le repoussant brutalement au risque de réveiller la moitié du palais. Je ne sais même pas ce que suis ! Ou plutôt si, un eunuque. Une saleté d'eunuque !
- Ashura, ne...
- Même pas ! Parce que je n'ai jamais été un homme !
- Ne dis pas ce genre de choses.
- Et pourquoi ? Parce que ça vous gêne, toi et papa ?
- Ashura, je comprends ce que tu ressens mais je...
- Non ! Tu ne sais pas ! Comment pourrais-tu le savoir ? Toi, tu es un homme, un vrai, tandis que moi, je ne suis même pas une femme !
- Je t'interdis de dire ça !
- Ah oui ? Ca me ferait mal ! Remarque, je peux peut-être essayer de me maquiller et de mettre une robe. Qu'en dis-tu ?
Taishaku-ten secoua la tête, mortifié et le ventre noué.
- Ashura...
- Mais non, je suis bête ! Avec quoi je la remplirais, hein ? C'est amusant, non ? Je ne peux remplir ni un pagne ni un corsage ! Vous pouvez être fiers de vous ! Ah ! Il l'a eu son fils, mon cher papa ! Il en est content de lui, j'espère ?
Avant de réaliser ce qu'il faisait, Taishaku-ten leva la main et l'abattit sur la joue du garçon à toute volée.
- Parce que tu crois qu'il suffit d'une paire de couilles pour être un homme ? gronda-t-il. Que c'est un signe de virilité, de culbuter des putains comme ta mère pour qui l'on n'éprouve aucun respect ni sentiment ? Que l'on devient un homme en faisant des bâtards dont on oublie l'existence ? C'est ça que tu voudrais pouvoir faire pour prouver à tous que tu es un mâle digne ce nom ?
Ashura le fixa, interdit, la main sur la joue, et Taishaku-ten regretta aussitôt son geste et ses paroles assassines.
Jamais l'adolescent n'avait vu l'amant de son père s'emporter de la sorte ou lever la main sur lui ou sur son frère et jamais - ô grand jamais - il ne s'était non plus permis une telle vulgarité devant l'un des jumeaux.
Le temps parut se suspendre et une atmosphère de plomb tomber sur le jardin enténébré.
- Je suis désolé... finit par bredouiller le jeune Tentai d'une voix tout juste audible en reculant d'un pas comme si c'était lui qu'on avait frappé. Je...
Taishaku-ten paraissait plus choqué encore que je garçon et le regardait d'un air hagard, essayant de digérer aussi bien les horreurs que l'adolescent venait de lui jeter à la figure que celles qu'il avait éructées d'une voix agressive.
En cet instant, Ashura ne sut ce qui l'effrayait de le plus, du soudain désarroi de celui qui, en 350 années, n'avait pourtant jamais montré le moindre signe de faiblesse ou de savoir que c'était lui qui avait jeté celui qu'il adorait presque autant que son père dans cet abîme d'affliction par ses inqualifiables accusations.
- Taï... geignit-il, les joues noyées de larmes. Taï, je ne voulais pas...
- Dis-moi ce qui se passe, Ashura, supplia le jeune Tentai en se ressaisissant un peu. Dis-moi ce qui peut te tourmenter au point de faire de toi ce démon de rancoeur et d'amerture.
Ashura laissa échapper un gémissement douloureux et se jeta au cou le Taishaku-ten à demi étouffé par ses sanglots.
- Je n'ai pas pu... hoqueta-t-il. Il va me détester... J'ai tout gâché, Taï, j'ai tout gâché...
Taishaku-ten le souleva dans ses bras et s'assit sur le banc pour lui caresser les cheveux et le bercer comme un enfant, apaisant.
- Qu'est-ce que tu n'as pas pu, Ashura ? murmura-t-il lorsqu'il sentit l'adolescent se tranquilliser un peu. Que s'est-il passé ?
- Il avait envie... Je le sentais. Il avait envie mais je n'ai pas pu.
Le tentai lui leva doucement le menton et essuya ses joues mouillées de larmes.
- Tu n'as pas eu envie de faire l'amour avec Yasha ? s'étonna-t-il. C'est tout ? Et c'est ça qui te met dans un état pareil ? Mais enfin, cela arrive ! Ca ne veut pas dire que...
- Tu ne comprends pas ! A la seule idée qu'il pouvait me voir " entièrement " je... je n'ai pas pu.
Taishaku-ten secoua la tête, troublé. Mais qu'est-ce qu'il racontait ? Yasha et lui étaient amants depuis longtemps. Pourquoi ce soudain élan de pudeur ?
- Mais voyons, il t'a déjà vu nu plus d'une f...
- Non, le coupa Ashura.
Il baissa les yeux et Taishaku-ten hoqueta.
- Vous... vous êtes amants, voyons. Il...
- Non, le coupa encore le garçon, honteux.
Le jeune tentai secoua la tête de plus en plus troublé. ces
- Mais... tes blagues sur les nuits que vous passez ensemble... Les réflexions cocasses qui font se dresser les cheveux sur la tête de ton père...
- Non, Taï. Il ne s'est jamais rien passé.
Taishaku-ten fit claquer sa langue contre son palais, totalement pris au dépourvu par l'aveu du garçon.
- Est-ce que... ça te fait peur ? s'enquit-il. Ou... peut-être penses-tu que deux hommes ne devraient pas...
- Non, le rassura Ashura en souriant. Bien sûr que non. Je vois bien que ce que tu partages avec papa est formidable.
Le Dieu de la foudre laissa échapper un discret soupir de soulagement.
- Alors où est le problème, Ashura ?
- Toi ou papa, vous pouvez... Enfin, tu peux faire...
- L'amour ? le secourut Taishaku-ten en souriant.
- Oui, faire l'amour, répéta Ashura en rougissant. Mais moi...
- Toi aussi.
Ashura fronça les sourcils.
- Bien sur que non.
- Bien sur que si.
- Non. Papa et toi êtes... entiers. Quand il te touche... ou que tu le touches... Tu vois ce que je veux dire ?
Taishaku-ten écouta ses laborieuses explications entrecoupées de silences gênés durant un long moment et ne put retenir un sourire amusé.
- Ashura... finit-il par l'interrompre. Pourquoi n'oses-tu pas appeler les choses par leur nom ? demanda-t-il d'une voix douce. Nous sommes entre hommes, non ? Et je ne suis pas ton père.
La rougeur du jeune homme s'accentua et le jeune Tentai lui prit les mains en un geste d'affection amicale.
- Oui, lorsque je regarde ton pè... Lorsque je regarde un homme ou une femme qui me plaît, se reprit-il, j'éprouve du désir.
- Et... Qu'est-ce que ça fait ? Je veux dire... physiquement.
- Tu as envie de le caresser, de l'embrasser et de lui donner du plaisir. Ashura se rembrunit.
- Oui... c'est bien ça le problème. Donner du plaisir. Toi, tu peux mais moi...
- Toi aussi.
- Non, Taï, je... Je ne... Oh, eh puis ça ne fait rien. C'est discussion est stérile, elle ne...
- C'est vrai, tu ne peux pas prendre Yasha. Et après ?
Ashura prit les couleurs d'un homard trop cuit et Taishaku-ten éclata de rire.
- Cela ne veut pas dire que tu ne peux pas lui donner du plaisir et que tu ne peux pas en ressentir, poursuivit ce dernier sans lui laisser le temps de protester. Ne le désires-tu pas ? Réfléchis bien. N'as-tu pas envie de l'embrasser et de le caresser ? De l'entendre gémir tout doucement, chuchota le Dieu de la foudre à son oreille avec un sourire mutin ?
Ashura se mordit la lèvre en souriant.
- Tu vois bien ! trancha Taishaku-ten.
- Mais... Si lui a aussi envie de me faire plaisir ? Comment pourrais-je en éprouver puisque je ne peux pas...
- Ashura, il est des plaisirs que tu ne soupçonnes même pas, chuchota Taishaku-ten en lui caressant la joue. Il n'y a rien de plus merveilleux que de faire l'amour avec quelqu'un que l'on aime vraiment.
Ashura resta un instant rêveur.
- Mais si ça ne marchait pas ? Si le fait que je ne possède pas la totalité de mes organes ne...
- Fais-moi confiance. T'ai-le jamais menti ?
- Non, c'est vrai, admit le jeune homme. Mais je ne peux m'empêcher de...
Taishaku-ten posa un doigt sur ses lèvres.
- Aimes-tu Yasha, Ashura ?
- Bien sûr ! Bien sûr que je l'aime, quelle question !
- Alors fais-lui confiance, chuchota le Dieu de la foudre en souriant. Il a de l'expérience et te guidera.
- Je dois avoir l'air d'une cruche hein ? bredouilla Ashura, penaud.
Taishaku-ten eut un rire doux.
- Crois-tu que ton père avait meilleure mine que toi, la première fois ?
- Comment ça, la première fois ? Tu veux dire qu'il n'avait jamais... Non ?
- Ses mains tremblaient tellement qu'il était incapable de tenir une coupe de vin sans la renverser.
Ashura éclata de rire.
- Tu dis ça pour me rassurer !
- Absolument pas.
- Et comment ça c'est passé ? demanda le jeune homme, soudain amusé.
- Tu deviens indiscret, le rabroua Taishaku-ten, faussement courroucé.
Taishaku-ten se fit prier un long moment et finit par lui adresser une grimace affligée.
- C'était la première fois, ne l'oublie pas, alors ce fut, disons...
Il se pencha à l'oreille d'Ashura.
- ...magique, acheva-t-il avec un sourire rayonnant. Durant toute la nuit, il n'y eut plus que nous deux sous les étoiles. Rien d'autre n'existait.
Ashura lui retourna son sourire et le poussa affectueusement d'un coup d'épaule.
- Merci, Taï, chuchota-t-il la gorge serrée. Merci d'être toujours là pour me donner un coup de pied aux fesses quand j'en ai besoin.
Le Dieu de la foudre éclata de rire en lui ébouriffant les cheveux et des bruits de pas se firent entendre derrière eux.
Le jeune Dieu gardien du Nord s'inclina avec respect.
- Pardon, Majesté. Je cherchais le Prince Ashura.
- Tu l'as trouvé, Yasha.
Taishaku-ten se leva et lissa son lungi blanc.
- Je vous laisse. Je tombe de sommeil.
- Bonne nuit majesté, salua Yasha en s'inclinant encore.
- Bonne nuit, Taï...
Taishaku-ten s'éloigna en direction du palais mais Ashura le rappela.
- Taï !
Le jeune Tentai se retourna et vit les yeux du garçon briller de larmes émues.
"Merci..." Articula celui-ci en silence, la gorge trop serrée pour émettre le moindre son.
Taishaku-ten lui répondit par un clin d'oeil et tourna les talons.
De retour dans sa chambre, devant laquelle le garde s'était endormi, il embrassa Ashura-ô et alla tirer les rideaux pour que le soleil qui se lèverait dans plusieurs heures ne les réveille pas.
Par réflexe, il jeta un coup d'oeil dans le jardin, à l'endroit où il avait laissé Ashura et Yasha, et vit leurs deux silhouettes étroitement enlacées. Lorsqu'il les vit se laisser aller sur l'herber il détourna le regard en rougissant furieusement mais se reprit vite. Il y avait des choses qu'un père compréhensif pouvait accepter de la part du fils de son amant mais le laisser se faire culbuter dans un coin de jardin comme une vulgaire putain d'en faisait pas partie !
Il sortit sur le balcon, cramoisi de honte et de contrariété, et fixa ostensiblement l'endroit où s'ébattaient les deux tourtereaux, inconscients ou indifférents au spectacle qu'ils pouvaient offrir à quiconque se serait donné la peine de se pencher à sa fenêtre.
Après une attente qui lui parut interminable, les garçons parurent enfin le remarquer et il leur montra l'escalier qui menait au palais d'un geste impérieux. Il entendit distinctement le petit cri étouffé d'Ashura et le juron de Yasha, qui eut la délicatesse d'entraîner son compagnon à l'autre extrémité du jardin pour faire le tour par les allées extérieures afin de ne pas passer sous la fenêtre de Taishaku-ten.
Le Dieu de la foudre attendit de voir leurs ombres se glisser sous les colonnades en direction des quartiers de Yasha avant de retourner dans la chambre, le coeur battant et les joues toujours cuisantes.
Avec un sourire ironique, il se demanda qui, de lui ou d'eux, serait le plus mal à l'aise le lendemain.
Il se dévêtit en silence et s'allongea aux côtés d'Ashura-ô, prenant bien garde à ne pas le réveiller, mais ce dernier ouvrit les yeux et lui sourit avant de l'enlacer.
- Tu as enfin fini ?
Taishaku-ten écarquilla les yeux, confondu.
- Fini quoi ?
- Le discours !
- Oh ! Oui. Oui, j'ai fini.
Ashura-ô le renversa sur le dos et l'embrassa avec l'exigence passionnée qui lui était habituelle.
- Je t'aime, murmura-t-il.
- Ashura-ô ?
- Mhh ?
- Tu te souviens de la première fois que nous avons fait l'amour ? demanda Taishaku-ten en lui caressant le visage.
Ashura-ô ferma à demi les yeux et parut se perdre dans de savoureux souvenirs.
- Comment pourrais-je l'oublier ?
- Qu'as-tu ressenti, cette nuit-là ? Tu te souviens ?
- C'était... magique.
- C'est bien ce que je pensais, acquiesça le Dieu de la foudre avec un sourire malicieux.
Ashura-ô s'étrangla et éclata de rire.
- Prétentieux !
Taishaku-ten noua ses bras autour de son cou et plongea son regard bleu dans le sien.
- Fais-moi l'amour, Ashura-ô... chuchota-t-il la gorge un rien serrée. Fais-moi l'amour comme si c'était la première fois...
Ashura-ô, surpris, sourit avec toute la tendresse dont il était capable et ses lèvres se refermèrent sur les siennes tandis que leurs doigts s'entrelaçaient.

FIN

Shiva